Tradition, culture et abus sexuels d’enfants/adolescent-e-s : CAS DE LA REGION D’ATSIMO ANDREFANA (SUD-OUEST) DE MADAGASCAR Noroarisoa Ravaozanany, Manitriniony Rasolonjohary, Mireille Rabenoro, Andry Rabearimisa

Madagascar a une population jeune[1], caractérisée par la précocité persistante des rapports sexuels, particulièrement dans le Sud-ouest[2], où peu de services répondant à ses besoins spécifiques existent. Cette situation se prête à des abus sexuels. La méconnaissance/incompréhension des traditions/culture locales sur la sexualité, peu explorées, contribue au développement du fléau. Une recherche a été menée pour mieux comprendre les facteurs socioculturels sous-tendant la sexualité des enfants/adolescent-e-s (10-19ans)[3]. Cet article renouvelle l’état des connaissances sur les facteurs traditionnels influençant le phénomène d’abus sexuels d’enfants.

Le site de l’étude, carrefour de migrants nationaux et touristes, est marqué par la «ruralisation» de la ville, régie par  les mêmes référents culturels que le milieu rural[4]. Conformes à la démarche inductive de la Grounded theory et aux règles d’éthique, 35 entrevues individuelles/de groupe et six focus groups auprès d’enfants/adolescent-e-s, parents, autorités traditionnelles, éducatives et administratives ont été réalisés. A ceux-ci s’ajoutent des observations pour une vision du «dedans». Les données ont été analysées sur Ethnograph®, triangulées par des données secondaires et une revue documentaire.

Quatre éléments cultures locaux figurent parmi les facteurs déterminants de l’entrée des enfants/adolescent-e-s en vie sexuelle et les exposent aux abus sexuels. Le premier, la conception traditionnelle de l’émancipation de l’enfant, définit son passage au stade d’adulte, non par l’âge mais par les transformations du corps. Mais les parents appréhendant la «précocité» des rapports sexuels, surtout des filles, aspirent à les faire entrer en union rapidement. Ceci rend compte du discours accusateur qu’ils leur tiennent, tant que l’acte est perçu non consommé. L’expression vernaculaire «oser un homme/une femme» pour désigner l’entrée en vie sexuelle renvoie au défi glorieux de «passer le cap» et d’en assumer les conséquences. Mais le premier rapport sexuel a lieu à l’insu des parents, parfois dès huit ans chez les filles, généralement avec un partenaire plus âgé, dans un milieu d’adultes où le sexe intergénérationnel est toléré[5]. Il constitue le second élément. Une fois cette étape franchie et apprise par les parents, avec fierté pour les garçons contre résignation pour les filles, un relâchement des interdictions s’opère en faveur d’attitudes suggestives pour avoir un partenaire. Une liberté de mouvement s’installe, entretenant la liberté sexuelle ambiante, troisième élément. Le dernier concerne la tradition du «contre-don de la main d’une fille/femme», déviant vers les transactions sexuelles, un «jeu de ruses». Les deux sexes essaient de se piéger, dans l’expectative, pour l’homme, d’un rapport sexuel et pour la fille, de profits. Sans passage à l’acte dans l’immédiat, la fille cède lorsque le jeu dure, «longtemps»[6],  prise de scrupules. Il se solde souvent par le glissement vers l’exploitation sexuelle à visée commerciale.

La survivance/transmissiond’éléments traditionnels liés à la sexualité dans la région traduit l’existence d’éléments communs dans la culture locale et celle des migrants. Cependant, ceux-ci ont été transformés et détournés à des fins sexuelles prédisposant l’occurrence d’abus sexuels d’enfants, avec le concours d’autres facteurs. Le modèle théorique qui en est tiré permet d’identifier les points sur lesquels on peut agir.


[1] 50% ont moins de 18 ans (INSTAT, 2011)

[2] Dans le Sud-ouest, chez les filles, le premier rapport sexuel intervient avant même l’apparition des premières règles[2] tandis que 56,2% de celles âgées de 15 à 19 ans ont commencé leur vie féconde, le plus souvent hors union (FDA/PMPS, 2002 ; EDS IV Madagascar, 2009)

[3] La recherche a été menée de Juin  à  Décembre 2011, avec l’appui de l’UNICEF et de l’UNFPA

[4] Zones de l’étude : ville de Toliara (urbain), Ambolimailaka (Rural)

[5]8,1% des filles de 15-24 ans ont eu des rapports sexuels avec une personne âgée d’au moins 10 ans de plus (ESC 2008).

[6] Délai variable mais généralement un mois.

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