L’après-8 mars 2013 : des femmes aux postes de décision, pour y faire quoi ?

Mireille Rabenoro

Vice-Présidente du CNFM

Double thème à Madagascar pour le 8 mars 2013 : la lutte contre la violence à l’égard des femmes, thème décidé par les Nations Unies, doublée de la mobilisation pour pousser plus de femmes à se présenter aux élections à venir cette année, et l’électorat féminin à voter pour elles.

Des lendemains de 8 mars qui déchantent

Changer la loi, mais aussi les pratiques

Tous les postes de décision sont stratégiques

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Des lendemains de 8 mars qui déchantent

Dès le 9 mars, le correspondant de la Radio Nationale à Morondava rapportait le cas de plusieurs femmes licenciées par leur employeur pour s’être absentées le 8 mars. C’est pourtant par décret gouvernemental que la Journée Internationale des Femmes a été déclarée chômée et payée pour les femmes malgaches. Qui est en faute, les employées qui n’ont pas rejoint leur lieu de travail le 8 mars, ou l’hôtelier étranger qui le leur reproche ?

Dans son numéro du mercredi 13 mars, Midi Madagasikara rapporte le cas d’une jeune fille de 13 ans violée par un homme de 35 ans à Tongobory, district de Betioky Atsimo, le lundi 11 mars. Au retour de l’école, par une chaleur pesante, elle s’est crue autorisée à se baigner dans la rivière, ce que l’homme qui passait par là aurait pris la liberté d’interpréter comme une invitation au viol. Ayant d’abord nié le fait, puis une fois le viol établi, ayant affirmé que la jeune fille n’était plus vierge, craignant sans doute un châtiment qu’il estimait injuste, l’homme, divorcé, a pris le parti de demander la jeune fille en mariage.

Changer la loi, mais aussi les pratiques

Voilà donc cette écolière de 13 ans mariée – enchaînée ? – à son violeur. Qui a dit que çà n’arrivait qu’ailleurs, que chez nous les femmes ont un statut relativement enviable ? Certes, d’après la loi, l’âge minimum au mariage est de 18 ans, pour les hommes comme pour les femmes. Mais jusqu’à quand la loi, et notre société, nos communautés, nos familles, tolèreront-elles que coexistent le droit positif et des pratiques traditionnelles dévoyées, détournées de leur véritable fonction ?

Pour changer les choses, il faut des femmes, et d’abord des parlementaires qui proposent et votent des lois progressistes. Quelle que soit la bonne volonté de certains hommes, comment imaginer qu’un parlement composé de plus de 80% d’hommes puisse « perdre son temps » à concevoir des dispositions qui protègent efficacement les femmes de toutes sortes d’abus, comme ceux rapportés plus haut ?

Tous les postes de décision sont stratégiques

Ensuite, il faut des femmes dans les conseils régionaux, communaux, des femmes maires, des femmes chefs Fokontany, pour chercher les moyens de faire appliquer les lois qui protègent les femmes, ce qui n’est jamais facile, et requiert, en plus d’une bonne connaissance des problèmes des femmes, le pouvoir nécessaire pour les résoudre.

Et pour cela, il faut une politique volontariste : une femme au ministère de l’Intérieur, pour proposer des femmes chefs de région (ils sont 22 hommes sur 22 actuellement). Ce n’est la peine d’être major de promotion à l’ENAM si c’est pour finir dans un poste sans pouvoir de décision dans l’administration.

Il faut surtout que les femmes candidates aux différentes élections proposent à l’électorat féminin des agendas qui « parlent » aux femmes, qui soient sensibles à leurs besoins spécifiques, pour qu’elles se fassent élire.

La course contre la montre est engagée avant les échéances électorales.

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par cnfmadagascar Posté dans accueil

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