L’égalité entre les époux, base de la reconstruction sociale mardi 26 août 2014, par Mireille Rabenoro

Les plus conservateurs croient avoir tout compris quand ils clament : l’égalité au sein du couple, c’est le désordre, et le début de la débâcle pour l’ensemble de la société malgache. L’harmonie au sein de la société, soutiennent ces conservateurs, serait garantie par la position dominante du mari, d’ailleurs consacrée par la loi des hommes et même par la parole de Dieu.

Mais la débâcle sociale, elle est déjà là !

La coutume chez les Betsimisaraka, dans la région de Beforona notamment, voulait que lorsque des jeunes gens se plaisent et décident d’envisager un futur commun, le jeune homme aille déposer un fagot devant la porte des parents de la jeune fille. Il signifiait ainsi son souhait de s’intégrer à sa future belle-famille. Commençait alors le rapprochement entre les deux familles, qui allait déboucher sur le mariage des jeunes gens sous l’auspice de leurs parents.

Aujourd’hui, seules les personnes âgées devenues grands-parents connaissent cette coutume pour l’avoir vécue. La pratique courante actuelle veut que le jeune homme mette la jeune fille enceinte, puis continue son chemin, avec tous les maux sociaux qu’entraîne cette pratique. C’est le début d’une vie communautaire sans règles, où règnent le cynisme, le chacun pour soi.

Démasquer la débâcle sous l’apparente paix sociale

Description d’une situation vécue : le gardien d’une propriété voulait répudier son épouse pour en prendre une autre plus jeune. Cela, bien que peu élégant, n’aurait regardé que lui, si l’épouse chassée n’avait assuré de fait les fonctions de gardienne, son mari étant occupé le jour à un autre emploi, la nuit rejoignant l’autre femme. La décision des propriétaires de formaliser l’état de fait, en rémunérant la gardienne de fait plutôt que son mari, a déclenché un petit séisme au niveau du couple : le mari, dépouillé du pouvoir que lui conférait la rémunération, s’est senti émasculé. Sa réaction a été d’une violence telle que la femme, effrayée, a voulu retourner à la situation antérieure, où elle faisait le travail tandis que lui en recevait la rémunération, en tant que chef de famille.

Cet exemple met en évidence la nature de l’ordre social que la décision des employeurs a déstabilisé : basé sur une injustice, négation du principe « Izay miasa no tompon’ny vokatra », cet ordre est artificiel, donc fragile, son maintien dépendant de la soumission de la femme. Il aura suffi que celle-ci, redoutant de se retrouver sans ressources (alors que son mari a d’autres ressources que la rémunération de gardien, dont il faisait « généreusement » profiter sa femme), se plaigne auprès des employeurs, mettant à nu le caractère injustifiable de l’affectation des ressources, pour que l’apparente paix sociale vole en éclats.

Par où commencer ? Une porte d’entrée parmi d’autres : la formation des juges

Ce genre de situation ne se règle pas facilement. Si elle était portée en justice, il n’est pas impossible que l’issue dépende du sexe du juge : un homme, croyant préserver ainsi l’ordre social, favorisera, même inconsciemment, le mari ; inversement, une femme juge favorisera plutôt la femme, bravant les critiques de ses collègues qui diront que, comme toutes les femmes, elle décide non selon la raison, mais selon son cœur.

C’est dire combien il est important que dès leur formation, les futurs juges, hommes et femmes, soient sensibilisés à ces aspects de la justice sociale et de la justice tout court. Il est impensable qu’une décision de justice dépende, outre de son interprétation de la loi, de la sensibilité personnelle du juge. Les situations résultant de l’inégalité entre les époux (qui sur le fond sont très semblables dans tous les pays) ontété documentées, approfondies, structurées pour obtenir des principes de droit qui soient universellement applicables, indépendamment des cultures et des religions. Les magistrats doivent se familiariser avec ces principes et les appliquer.

Réinventer les vraies valeurs malgaches pour une société plus stable

Ces principes, appliqués de manière professionnelle, contribueront à instaurer plus de justice sociale, plus d’égalité dans les relations à l’intérieur des couples, et ainsi à créer une société plus harmonieuse. L’Afrique du Sud sous le régime d’apartheid était apparemment plus stable qu’elle ne l’est maintenant qu’elle est soumise aux soubresauts propres aux régimes démocratiques. L’injustice sociale, bâtie sur des notions de hiérarchie des races, était la base d’un système qui en apparence fonctionnait assez bien. Fallait-il pour autant laisser continuer le système odieux de l’apartheid ? De même, l’apparence d’ordre actuelle, bâtie sur une notion de hiérarchie entre les sexes (qui était absente de l’authentique société traditionnelle, celle par exemple du Beforona d’il y a deux générations), cache en fait un déficit de cohésion et de respect mutuel à l’intérieur des couples comme au sein de la société. Ce sont ces valeurs qu’il faut retrouver, en les adaptant au contexte d’aujourd’hui, pour espérer vivre dans une société moins violente.
http://www.madagascar-tribune.com/L-egalite-entre-les-epoux-base-de,20197.html

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