Ces hommes épris de progrès et de justice… même pour les femmes

http://www.madagascar-tribune.com/Ces-hommes-epris-de-progres-et-de,20384.html
mercredi 22 octobre 2014, par Mireille Rabenoro

Une fois de plus, notre pays vit au rythme des « adilahy politika », ces affrontements dont nos hommes politiques ont le secret. Dans ce contexte tendu, Onitiana Realy a choisi de demander à l’ancien Premier Ministre Omer Beriziky de commenter la situation présente lors du dernier « Invité du Zoma ». Et il a apporté une bouffée d’oxygène vivifiante à nos esprits asphyxiés par la mauvaise foi et la langue de bois dont nos hommes politiques nous matraquent.

Rompre avec les pratiques politiciennes habituelles, et aller de l’avant

Omer Beriziky n’est pas un homme politique, du moins comme on l’entend aujourd’hui à Madagascar. A le voir parler, on se demande comment il a fait, ayant été Premier Ministre pendant plus de deux ans d’un régime de transition haut en péripéties, pour ne pas être contaminé par le virus de la versatilité qui caractérise nos hommes politiques.

Significatif : ce qui le révolte le plus, apparemment, c’est l’infantilisation du peuple, dont les hommes politiques achètent les faveurs à coups de « lamba ho rovitra rahampitso », de teeshirts et de vaines promesses. Et pour montrer à qui il doit le respect, il a adressé son message final non au peuple malgache, qui possède suffisamment de sagesse pour se passer de ses conseils, mais aux hommes politiques.

Il n’a pris partie pour personne. Il a asséné un coup à gauche, un autre à droite, avant d’avancer une option pour faire un pas en avant : si aucune mesure concrète n’a été prise jusqu’à dimanche dernier, jour du retour au pays de Marc Ravalomanana et sans doute raison de ce retour pour amorcer le processus de réconciliation nationale, il faut se décider à prendre ses responsabilités et rattraper le temps perdu en entamant les discussions maintenant, en vue de la réconciliation prioritaire de l’actuel Président de la République et de son prédécesseur.

Moralisation de la pratique politique, égalité entre les citoyens : la même marche vers le progrès

En février dernier, le Conseil National des Femmes a décerné à quelques personnalités de la Transition, dont le Premier Ministre Beriziky, une marque de reconnaissance pour service rendu à la cause de l’égalité hommes-femmes. En effet, après la signature de la Feuille de Route en septembre 2011, les hommes politiques s’étaient partagé les sièges dans les institutions de la Transition en se basant sur deux des principes d’équilibre, politique et régional, prescrits dans le document de référence, sans prêter la moindre attention au troisième principe, celui de l’équilibre de la représentation des hommes et des femmes. Seul le Premier Ministre s’y était attaché, avec pour résultat un nombre record de neuf femmes au Gouvernement.

Les ultraconservateurs prétendent que l’égalité hommes-femmes conduit à la déstructuration de la société. C’est ce que pensaient aussi les défenseurs de l’esclavage. Jusque dans les années 1960, un siècle après l’abolition de l’esclavage, la ségrégation raciale était considérée par beaucoup d’Américains comme ‘naturelle’ ; l’abolir pour instaurer l’égalité déstabiliserait l’équilibre social. Qui, aujourd’hui, se hasarderait à démontrer qu’en devenant plus égalitaire, la société américaine est devenue plus chaotique ?

L’égalité hommes-femmes, facteur de mieux-être social

Il y a vingt cinq ans, l’Assemblée Nationale ratifiait la Convention des Nations Unies sur l’Elimination de toutes formes de Discrimination à l’égard des Femmes. Un an après, elle votait la loi sur le zara mira, qui abolissait la règle séculaire du kitay telo an-dalana : au lieu du tiers des biens du ménage traditionnellement attribué à la femme en cas de séparation des époux, la loi lui accordait désormais la moitié. A l’origine de ce pas décisif vers l’égalité hommes-femmes : la Première Dame Céline Ratsiraka et le ministre de la Justice Imbiki Anaclet, qui ont trouvé les arguments pour convaincre les députés (dont 98% étaient alors des hommes) que la loi n’allait pas déstructurer la société ni troubler l’ordre social en encourageant la révolte des femmes.

Vingt cinq ans après, il apparait aujourd’hui que la loi du zara mira, loin de semer le désordre dans les ménages, aura permis aux femmes répudiées (ce qui est le plus souvent la cause de la séparation) de mieux affronter la charge d’élever seules leurs enfants (ce qui est aussi le plus souvent le cas, le mari prenant aussitôt une autre épouse dont il a eu / aura d’autres enfants). Parce qu’elle était séculaire, une règle inique était présentée par les conservateurs comme structurante. Il aurait donc été dangereux pour la stabilité sociale d’y toucher. L’expérience a démontré qu’il n’en était rien ; qu’au contraire la loi qui l’a remplacée, tout en apportant plus d’égalité entre les époux, bénéficie également aux enfants.

En définitive, favoriser l’égalité hommes-femmes, c’est aussi favoriser le progrès. Et ce n’est pas seulement l’affaire des femmes. Le progrès social, y compris par la rationalisation des pratiques politiques, concerne évidemment les citoyens comme les citoyennes.

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par cnfmadagascar Posté dans accueil

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