L’un des messages de Noël : l’égalité entre les humains

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Quel Chrétien ne connait pas par cœur cette citation : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ » (Galates 3 :28). On l’entend notamment à l’occasion des baptêmes, qui représentent une deuxième naissance. Et c’est aussi le message de Noel, synonyme de renouveau non seulement spirituel, mais aussi du point de vue social, de la relation entre les humains.

Égalité égale progrès

L’équation 1 + 1 = 2 se lit en malgache : « Iray sy iray mira roa ». « Mira », qu’on retrouve dans le mot « miralenta », exprime l’égalité. Et c’est bien le sens du message transmis par l’apôtre Paul, tel que le comprend la profane que je suis en la matière : tous les êtres humains sont égaux. C’est la Bonne Nouvelle pour les opprimés – et pour les autres aussi, ceux qui comprennent qu’une société bâtie sur l’injustice sociale, sur l’oppression des unes par les autres, a peu de chances de perdurer, encore moins de se développer. Mais pour les autorités de l’empire romain, le message était révolutionnaire – et comme tout ce qui est révolutionnaire, subversif : c’est bien le motif politique de la condamnation de Jésus par Ponce Pilate.

Comme aujourd’hui ceux qui s’opposent à l’égalité entre hommes et femmes invoquent la déconstruction sociale qu’elle entraînerait, les défenseurs du racisme et de l’esclavage ne manquaient pas, pour affirmer que ces systèmes sociaux étaient les garants de la stabilité politique et de la prospérité économique. Mais les catastrophes prédites par les tenants du racisme n’ont pas eu lieu, après l’abolition de l’esclavage aux États-Unis ou de l’apartheid en Afrique du Sud. Bien au contraire, ces pas accomplis dans le sens du progrès ont rendu l’économie et la société de ces pays plus équilibrées, plus stables.

De même l’égalité hommes-femmes, l’égale participation de tous les citoyens aux affaires d’un pays, ne peut être que bénéfique, pour les économies comme pour les sociétés. Que penser alors des chances de succès du premier sommet de réconciliation dite « nationale », auquel ne participaient que des hommes, alors qu’il n’aurait même pas lieu d’être sans les « adilahy politika » précédents ?

Égalité et non indifférenciation

A priori, rien n’empêche une lecture de la phrase de Paul dans le sens de l’indifférenciation : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec » pourrait très bien vouloir dire qu’on ne peut plus distinguer les Juifs des Grecs. Ce serait l’indifférenciation. Mais personne n’a songé à adopter cette interprétation-là, et d’ailleurs il y a toujours des gens qui portent un passeport israélien, d’autres un passeport grec. Par contre, personne ne dirait plus aujourd’hui que les Juifs sont supérieurs ou inférieurs aux Grecs. La question n’est pas de devenir indifférenciés, mais d’abolir une hiérarchie absurde, et d’accorder un respect égal à deux groupes humains.

De même pour le miralenta, l’égalité hommes-femmes. Les adversaires d’une nébuleuse « théorie du genre » prétendent qu’elle est l’expression du Diable, puisqu’elle serait synonyme d’indifférenciation, donc de mariage homosexuel contre-nature. Mais qui a jamais pensé que « il n’y a plus ni homme, ni femme » signifie que 1+1=1 ? Il ne s’agit pas d’indifférenciation biologique, de nier que les hommes et les femmes ont des fonctions biologiques différentes. Par contre, la phrase de Paul dénonçait les rapports d’inégalité, d’oppression entre « races », entre esclaves et personnes libres, entre hommes et femmes. Ce sont ces relations de hiérarchie soi-disant « naturelles », en fait sociales, inventées par les hommes, qu’il faut remplacer par des relations plus égalitaires, donc plus saines.

L’égalité hommes-femmes encore à conquérir

À Madagascar, chez les journaliers du secteur agricole traditionnel, le salaire des femmes ne représente que la moitié de celui des hommes. Dans le secteur formel, les femmes gagnent encore en moyenne 30% de moins que les hommes.

La tendance dans le monde est qu’il y a de plus en plus de femmes dans les universités, et désormais plus de femmes que d’hommes en sortent diplômées. Mais les meilleurs postes reviennent encore en grande majorité aux hommes. À Madagascar, c’est valable pour les sortants de l’ENAM par exemple : au moins autant de femmes que d’hommes en sortent diplômées, et les majors de promotion sont souvent des femmes, mais chez les administrateurs civils par exemple, seules quelques-unes ont été nommées chefs de district, la grande majorité étant des hommes, et ce depuis l’administration coloniale (où il n’y avait pas de femmes du tout). À qualifications égales, chances de promotion inégales.

C’est le message de Noel : dans de plus en plus de sociétés humaines, ce n’est plus une malchance de naître dans tel ou tel milieu, d’être de telle ou telle « race ». Il faut que ce ne soit plus une malchance de naître fille.
par Mireille Rabenoro

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par cnfmadagascar Posté dans accueil

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