Nous Pouvons Toutes Être Défenseuses Des Droits Humains

http://www.awid.org/fre/Actualites-et-Analyses/Dossier-du-Vendredi/Nous-pouvons-toutes-etre-defenseuses-des-droits-humains
Source: AWID 09/01/2015
Nous pouvons toutes être défenseuses des droits humains
Crédit: © 2009 Douglas J. Klostermann,
Courtesy of Photoshare
DOSSIER DU VENDREDI : L’AWID s’est entretenue avec Lucinda O’Hanlon, conseillère en matière de droits des femmes de la section sur le genre et les droits des femmes du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) à propos de la campagne menée actuellement par le Haut-Commissariat « Beijing + 20: Campagne pour les défenseuses des droits humains ».
Par Verónica Vidal Degiorgis
Le HCDH a pour mandat « de promouvoir et protéger la jouissance et l’application par toutes les personnes de tous les droits proclamés par la Charte des Nations Unies et dans les lois et traités internationaux sur les droits de l’homme. »[1] À la lumière de ce mandat, la section des droits des femmes et du genre a voulu commémorer le prochain vingtième anniversaire de l’adoption du Programme d’action de Beijing en lançant une campagne centrée sur l’action des défenseuses des droits humains[2].

Quelle est la source d’inspiration de la « Beijing + 20: Campagne pour les défenseuses des droits humains »?
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein a affirmé que, malgré les progrès accomplis dans de nombreux domaines durant les 20 ans qui se sont écoulés depuis l’adoption du Programme d’action de Beijing, beaucoup reste à faire pour relever les défis qui font encore obstacle à l’égalité de genre. Les défenseuses des droits humains jouent un rôle fondamental pour déployer le programme ambitieux fixé à Beijing et sont des actrices essentielles pour en garantir la mise en œuvre.[3]
Lucinda O’Hanlon indique : « nous avons pensé qu’il fallait mettre en lumière les défenseuses qui travaillent dans tous les domaines liés aux programmes Beijing car c’est au risque de leur vie et de celle de leur famille … qu’elles défendent les droits humains ». Il s’agit, a-t-elle ajouté, d’une manière de rendre hommage au travail considérable réalisé par les défenseuses des droits humains à Beijing il y a vingt ans pour élaborer le plan directeur pour la défense des droits des femmes et ensuite pour défendre ce programme.
Comme l’a reconnu le Haut-Commissaire, il est important de mettre en relief les différents risques et la violence spécifique auxquels sont confrontés les défenseuses des droits humains en raison de qui elles sont et de ce qu’elles font. Les recherches et la documentation accrues sur le travail des défenseuses des droits humains ont démontré que les formes que prend la violence exercée à leur encontre diffèrent de celle subie par leurs homologues masculins. Nous avons pu documenter que la violence commise à l‘égard des défenseuses peut se présenter sous une forme genrée ou sexualisée visant à « faire revenir les femmes à leur rôle ‘traditionnel’. » Par exemple, les attaques perpétrées à l’égard des défenseuses prennent souvent des formes spécifiques au genre, notamment la violence verbale faisant allusion à leur sexe, l’abus sexuel et le viol. [4]
En plus de cette violence, beaucoup d’autres types d’attaques liées à l’utilisation de stéréotypes sexuels et de genre cherchent à nuire à la réputation des défenseuses des droits humains et à délégitimer leur action. Comme cela a été le cas à plusieurs reprises, les attaques perpétrées contre les défenseuses incluent des agressions contre leurs enfants et d’autres membres de leur famille afin « d’encourager » les défenseuses à cesser leurs activités.[5]
Cette réalité a également été observée et mise en exergue par le Haut-Commissaire qui affirme que « ces défenseuses ne se tairont pas, et nous devons être solidaires avec elles contre ces attaques lâches ». Considérant l’accroissement des niveaux de violence et de discrimination auxquelles sont confrontées les défenseuses des droits humains dans le monde entier, il importe aujourd’hui d’apporter un soutien et une visibilité aux défenseuses des droits humains qui agissent dans des contextes de plus en plus dangereux et où règne une impunité généralisée.
Assurer la visibilité et la reconnaissance du travail réalisé par les défenseuses des droits humains est également important pour créer un environnement sûr et des mécanismes de protection holistique qui leur permettent de poursuivre leur action légitime.
La Campagne
La “Beijing + 20: Campagne pour les défenseuses des droits humains » a été lancée lors de la journée internationale des droits de l’homme, le 10 décembre 2014 et se terminera la journée internationale de la femme, le 8 mars 2015.
La campagne comporte deux composantes – en premier, la publication d’une série de courtes vidéos présentant des défenseuses qui travaillent sur les 12 composantes du Programme d’action de Beijing, illustrant les différents types d’action de défenseuses individuelles et les dangers qu’elles rencontrent dans leur action. Donner une visibilité à cette action est une manière de donner du pouvoir aux défenseuses et d’attirer l’attention sur leur situation actuelle. En deuxième lieu, la composante consacrée aux médias sociaux a pour but d’attirer l’attention du grand public afin de créer une vague de soutien et d’encourager les gens à s’identifier aux défenseurs et défenseuses des droits des femmes. L’idée qui sous-tend cette composante est que « le fait d’être défenseur ou défenseuse implique des actes et des risques extraordinaires, et peut se traduire par des actes quotidiens pour promouvoir l’égalité des sexes, par exemple dénoncer des cas de harcèlement sexuel ou des plaisanteries sexistes, parler d’égalité des sexes à nos garçons et filles, soutenir les candidat-e-s politiques qui défendent les droits humains des femmes, et remettre en question les stéréotypes de genre, où qu’ils soient, parmi tant d’autres actions ».[6]
Dans le cadre de cette composante, les personnes sont invitées à envoyer une photo d’elles (« selfies ») prise dans un miroir. Ce reflet de miroir a pour but de projeter une image reflétée de nous-mêmes qui est en même temps une réflexion sur les actions que nous menons pour défendre les droits humains, et dans le même temps évoquer la réflexion plus large à l’échelle internationale vingt ans après Beijing.[7]
La sensibilisation sur le travail réalisé par les défenseuses des droits humains dans des contextes d’impunité généralisée et d’extrême violence, par le reflet de nos propres actions pour promouvoir l’égalité de genre, pourrait avoir des effets multiplicateurs chez nous, à notre travail et au sein de nos communautés en termes de promotion de l’égalité de genre mais aussi de manifestations de solidarité et de soutien vis-à-vis des défenseuses des droits humains qui travaillent dans ce contexte.
Quel est le résultat escompté ?
O’Hanlon mentionne trois niveaux d’impact différents et reconnaît que ceci n’est que le début du travail à faire pour protéger, soutenir l’action et la sécurité des défenseuses des droits humains.
La campagne souhaite « accroître la prise de conscience globale de la réalité des défenseuses des droits humains dans différentes parties du monde ». Le niveau suivant est lié au premier et a pour but d’inscrire clairement le travail et la sécurité des défenseuses des droits humains au programme des Etats membres des Nations Unies, des agences des Nations Unies et des décideurs-euses. O’Hanlon estime que « si les noms des défenseuses sont connus et diffusés, les gens hésiteront peut-être avant de les menacer et, idéalement, il y aura un soutien plus important en faveur de la mise en œuvre de mécanismes de protection plus efficaces. »
Le troisième niveau d’impact, qui est lié au mandat interne du HCDH au sein du système des Nations Unies, a pour but « d’aider les Etats membres mais aussi l’ensemble du système des Nations Unies à prendre note de et à commencer à s’intéresser de façon plus spécifique à la situation des défenseuses des droits humains », ajoute O’Hanlon. Elle affirme que « la campagne est bien entendu complétée par tout le travail qui s’exerce grâce à la présence du HCDH dans le monde entier. Le HCDH s’efforce de garantir que nous travaillons activement avec les défenseuses des droits humains, activité quotidienne qui va certainement se poursuivre et, espérons-le, s’intensifier, comme résultat de cette campagne. Nous continuerons de travailler avec les Etats membres en leur rappelant leurs obligations en matière de droits humains“.
O’Hanlon mentionne également qu’elle espère que cette campagne encourage la collaboration permanente entre le HCDH et la société civile et renforce le rôle positif du HCDH pour faciliter le débat sur les défenseuses des droits humains. Nous espérons que cette campagne contribue à jeter une plus grande lumière sur le travail remarquable et irremplaçable mené par les défenseuses des droits humains pour défendre les droits de toutes les personnes dans la quête d’un monde plus juste et pacifique pour tou-te-s.
Comment pouvez-vous ou comment votre organisation peut-elle soutenir et participer à la Campagne ?
La Campagne se déroule du 10 décembre 2014, date de la Journée des droits de l’homme, au 8 mars 2015, qui marque la Journée internationale de la femme. Nous encourageons tout le monde à se joindre aux et à soutenir les défenseuses des droits humains dans le monde entier moyennant la projection et la diffusion de ces vidéos tout au long de la campagne, et à envoyer les photos par Twitter accompagnées d’un seul message disant : « Je suis une défenseuse des droits humains des femmes », (“I am a defender of women’s human rights”) avec le hashtag #Reflect2Protect.
——–
Pour en savoir plus sur la Campagne, vous pouvez consulter :
http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/WHRD/Pages/WomenHRDefenders.aspx
Pour accéder à l’appel aux selfies devant un miroir, voir: http://www.awid.org/fre/Implique-toi/Appels-a-Participation/Beijing-20-Campagne-de-defenseuses-des-droits-humains
[1] Haut-Commissariat aux droits de l’homme, disponible à l’adresse: http://www.ohchr.org/FR/Pages/WelcomePage.aspx
[2]Les défenseuses des droits humains sont des femmes activistes qui défendent les droits des personnes, des communautés de l’environnement. Les défenseuses mènent une action en faveur de la défense des droits humains; il s’agit également d’hommes et de femmes qui se consacrent à la défense des droits des femmes et des droits des lesbiennes, homosexuels, personnes transgenres et intersexes (LGBTI). Voir: http://www.awid.org/fre/Library/Pour-en-savoir-plus-sur-ce-que-fait-l-AWID-pour-soutenir-et-proteger-les-femmes-defenseures-des-droits-humains
[3]Solidaire avec les courageuses défenseuses et courageux défenseurs des droits humains des femmes – Par Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, décembre 1, 2014. Disponible à l’adresse:
http://beijing20.unwomen.org/fr/news-and-events/stories/2014/12/oped-ohchr
[4]Inmaculada Barcia, AWID-WHRD IC, Notre droit à la sécurité: Approche holistique sur la protection des défenseuses des droits humains, 2014, p. 9
[5]ibid.
[6] Beijing +20: campagne pour les défenseuses des droits humains (WRGS/ROLENDB/RRDD)10 décembre 2014 – 8 mars 2015 – Appel aux selfies reflétées dans un miroir!
[7]Beijing +20: campagne pour les défenseuses des droits humains (WRGS/ROLENDB/RRDD)
10 décembre 2014 – 8 mars 2015 – Appel aux selfies reflétées dans un miroir!

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par cnfmadagascar Posté dans accueil

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