Principes démocratiques contre pratiques archaïques : la représentation proportionnelle des femmes

mercredi 8 avril 2015, par Mireille Rabenoro

http://www.madagascar-tribune.com/Principes-democratiques-contre,20999.html

Politique fiction : Imaginons un Madagascar où les 22 chefs de région seraient tous Merina. Selon la sensibilité et le vocabulaire de chacun, on crierait au scandale, à la provocation, à l’impérialisme Ambaniandro, voire au racisme. Mais, répliquerait le clan adverse, si on prend uniquement la compétence comme critère, c’est tout à fait normal, les Merina ne sont-ils pas plus diplômés que les membres des autres ethnies de Madagascar ? D’ailleurs, sous la Première République, la majorité des préfets étaient des Merina, et notre niveau de vie en ce temps-là n’était-il pas mille fois supérieur à ce qu’il est aujourd’hui ?

De la fiction à la réalité : les femmes sous-représentées

La fiction n’est pas si éloignée de la réalité, mais sur un autre plan. Il y a cinquante ans les 18 préfets étaient tous des hommes, aujourd’hui les 22 chefs de région le sont aussi. Pourquoi le fait n’est-il pas aussi choquant que s’ils étaient tous Merina ?

Il est vrai qu’il y a cinquante ans, il n’y avait pas de femmes administratrices civiles. Mais aujourd’hui, et depuis vingt ans, les femmes constituent la moitié des élèves de l’ENAM, et en sortent souvent majors de leur promotion.

Alors, où se situent les blocages à la nomination de femmes aux postes de responsabilité ? On prétend parfois que c’est notre culture qui nous rendrait conservateurs. Le 26 mars dernier encore, le Conseil des ministres a nommé 24 directeurs de ministère, dont 3 seulement étaient des femmes. Est-il seulement imaginable que les proportions soient inversées, c’est-à-dire que sur 24 directeurs, on aurait nommé 21 femmes ?

Il y a culture et culture

Nos dirigeants, quand ils sont cultivés au sens habituel du terme, c’est-à-dire quand ils ont atteint un niveau minimum d’instruction, sont indiscutablement sous l’influence de la culture politique française. Depuis 2011, en France 6% seulement des présidents de conseil général étaient des femmes, et 14% des conseillères générales, plus de dix ans après la loi du 6 juin 2000, qui oblige les partis politiques à respecter le principe d’un nombre égal d’hommes et de femmes pour les élections à scrutin de liste. Grâce à la règle paritaire récemment introduite avec la réforme du scrutin, il y a aujourd’hui 2054 hommes et 2054 femmes membres des conseils départementaux. Par contre, les femmes ne représentent toujours que 10% des présidents de conseil départemental.

On le voit, nous avons de qui tenir. Mais les cultures ne sont pas figées une fois pour toutes, elles sont évolutives. Les électeurs malgaches l’ont récemment démontré avec éclat : lors des dernières législatives, nous avons élu deux fois plus de femmes têtes de liste que d’hommes placés au même rang. Et à la présidentielle, c’est dans les districts du Sud, réputés les plus conservateurs, que Sarah Georget a fait son meilleur score.

Posons de nouveau la question : où donc se situent les blocages à une représentation équilibrée des hommes et des femmes aux postes de responsabilité ?

La culture politique de nos politiciens – ou son absence

Pendant les semaines qui ont suivi la signature de la Feuille de Route en septembre 2011, les politiciens ont rivalisé d’imagination pour prouver que les nobles principes de l’équilibre politique (entre les différentes mouvances) et de l’équilibre régional devaient absolument être respectés, dans la nomination des membres des institutions de la Transition. Pratiquement aucun politicien, par contre, n’a remarqué qu’il n’y avait pas deux principes, mais trois, énoncés six fois dans le texte de la Feuille de Route qu’ils venaient de signer. Le troisième était celui de l’équilibre hommes-femmes.

C’est que les principes ne font pas vraiment partie de la culture politique de nos politiciens. C’est bon pour les intellos qui perdent leur temps à se battre pour des causes qui ne rapportent pas, comme la démocratie, la justice sociale, pendant que les « vrais » politiciens portent le « vrai » débat là où il est intéressant : sur le champ de bataille des nominations et des élections aux hauts emplois de l’Etat.

Contre la multiplicité des intérêts particuliers, les principes universels

Que va-t-il se passer aux élections communales de juillet ? Les femmes représentent 50,6% de la population. Dans une société équilibrée, 50,6% des maires seraient des femmes. Nous avons aujourd’hui 5% de femmes maires.

Avec des taux de représentation aussi peu soucieux des proportions, c’est le principe même de la démocratie qui est mis à mal. Il appartient à l’Etat de remplacer progressivement le chaos actuel, créé par la versatilité et l’égoïsme des politiciens, par un jeu politique régi par des principes qui donnent un sens à la démocratie. Il peut commencer par des lois qui rendent obligatoire la représentation proportionnelle des femmes, dont le principe est consacré par toutes les conventions internationales auxquelles nous avons adhéré.

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par cnfmadagascar Posté dans accueil

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