« Planète 50-50 d’ici 2030 : Franchissons le pas pour l’égalité des sexes » : Quelle pertinence pour les femmes malgaches en 2016 ?

mardi 8 mars | Mireille Rabenoro
La Journée Internationale des Femmes, le 8 mars, trouve son origine dans les luttes des ouvrières et des suffragettes du début du XXe siècle, en Europe et aux Etats-Unis, pour de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Allons-nous dire que c’était/c’est l’affaire des Vazaha, puisque nous avons le droit de vote et que nos conditions de travail ne sont pas pires que celles des hommes (encore faudrait-il demander l’avis des ouvrières en zones franches, ou des petites bonnes qui triment 14 heures par jour dans les ménages tananariviens) ?

« Planète 50-50 d’ici 2030 » : une utopie ?

Chaque année les Nations Unies proposent un thème suffisamment large pour que les 193 Etats membres puissent s’y identifier. ‘Planète 50-50’, c’est l’égalité parfaite, cette fameuse parité hommes-femmes, et dans quatorze ans seulement ; un noble idéal pour les uns, une fumisterie pour les autres.

« L’inégalité est naturelle, on n’y peut rien »

C’est l’argument habituellement avancé par les tenants du statu quo. La nature veut que les hommes aient généralement des muscles plus développés que les femmes, c’est un fait. Mais les femmes ont généralement une plus grande longévité que les hommes, c’est un fait aussi. Différence ne signifie pas nécessairement supériorité de l’un par rapport à l’autre. Ainsi, un responsable à la Commune affirmait que les femmes agents de police ne pouvaient pas se faire respecter des conducteurs de bus, parce qu’elles seraient incapables de faire la grosse voix (‘mitrerona’). Quelques mois plus tard, on lisait dans la presse que les policiers du commissariat du IIIe arrondissement se plaignaient de ce que les chauffeurs d’une certaine coopérative n’avaient aucun respect pour eux. Ceci montre combien il est vain d’établir une quelconque hiérarchie sur la base des différences naturelles, en l’occurrence entre cordes vocales mâles et femelles. Dans la nature, il n’y a pas d’inégalités, il n’y a que des différences.

Des inégalités sujettes à la subjectivité des sociétés humaines

Il y a une expression communément utilisée aujourd’hui par les mères dont la fille, enceinte, a été abandonnée par le père de son enfant : ‘Ny lehilahy moa rano kapaina, tsy hita fery’, c’est-à-dire que les hommes sont comme l’eau, le coup de sabre qu’on lui porte ne laisse aucune cicatrice visible. A l’inverse, pour les femmes, un rapport sexuel peut avoir pour conséquence une grossesse qui sera considérée comme fâcheuse (‘fery’) si le géniteur déserte la jeune mère : abandon de la scolarité, difficulté ultérieure à trouver un mari, entre autres impacts négatifs. Pourtant, dans la société traditionnelle où un enfant était toujours le bienvenu, on pratiquait le mariage à l’essai pour être sûrs que la jeune fille était fertile, ou le ‘mananty zaza’ (accepter comme sien l’enfant qui naîtra d’une femme enceinte qu’on prend pour épouse) – preuve que la possibilité de tomber enceinte n’est pas nécessairement une faiblesse, mais peut au contraire être un atout.

50% des maires, des chefs de district, des chefs de cour de la magistrature, des chefs de corps de l’armée, des chefs Fokontany et des chefs CISCO, seront des femmes

Pourquoi ? Simplement parce que c’est un attribut essentiel d’une société démocratique. Parce que les femmes représentent cinquante pour cent de la population, il serait logique qu’on les trouve dans les mêmes proportions à tous les niveaux de tous les secteurs d’activité. Comment justifier qu’au sein de la FJKM, dont le quart des pasteurs sont des femmes, la totalité des présidents synodaux sont des hommes ? Le fonctionnement de cette institution gagnerait pourtant en efficacité si elle adoptait une attitude plus ouverte, plus soucieuse d’égalité.

« Franchissons le pas pour l’égalité entre les sexes »

A Madagascar l’immensité du chantier est vertigineuse. Par exemple, l’égalité en termes de droit à la vie, à la santé semble toujours inaccessible, avec un taux de mortalité maternelle de 478 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes, alors que l’objectif était de le faire baisser à 165 en 2015.

Dans le cycle primaire, il y a plus de filles que de garçons ; mais les filles sont de moins en moins nombreuses au collège, puis au lycée, et le ratio femmes-hommes n’est plus que de 0,71 dans l’enseignement supérieur. Corollaire inévitable : les femmes ne représentent que 38% des travailleurs du secteur salarié non agricole, c’est-à-dire qui ont un revenu plus ou moins stable et correct.

Ce ne sont que quelques exemples, les situations d’inégalité sont légion. Alors, comment faire ? Avant tout, l’impulsion doit venir des instances politiques, qui doivent arrêter de chercher des prétextes futiles pour esquiver leurs obligations, oser regarder les inégalités en face pour pouvoir prendre les décisions politiques qui permettent de faire avancer la condition des femmes malgaches.
http://madagascar-tribune.com/Planete-50-50-d-ici-2030,21904.html

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par cnfmadagascar Posté dans accueil

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