« Insécurité publique et disfonctionnements de nos institutions »

samedi 11 juin | Mireille Rabenoro
L’insécurité qui sévit partout à Madagascar, c’est un thème récurrent dans les discours des politiciens comme dans les conversations ordinaires du grand public. L’insécurité publique prend des formes de plus en plus variées, qui vont de la mort violente d’écoliers fauchés par un taxibe aux kidnappings de riches karana, en passant par les attaques à mains armées de villages entiers en milieu rural et de demeures de particuliers en milieu urbain. La pauvreté souvent invoquée n’explique pas tout, ou même n’excuse rien ; par contre, l’impunité dont sont assurés les malfaiteurs les plus riches peut expliquer beaucoup.

Un serial killer du côté de Mahazoarivo ?

Un journaliste a compté : au cours des cinq premiers mois de l’année 2016, huit viols suivis de meurtre ont été commis dans les quartiers d’Ambohitsoa, Ambohidraseza, Ankazolava, Ampamantanana et jusqu’à Ambohipeno, du côté du by-pass. Le vol ne semble pas être le mobile, puisqu’à part une vieille femme, les victimes étaient des jeunes femmes de milieu modeste : une ouvrière en zone franche, une mère célibataire sans profession connue…
Que fait la police ? A-t-elle mobilisé pour cette affaire des ressources suffisantes ? Dispose-t-elle des compétences techniques nécessaires ? Tant de leurs éléments sont affectés à la surveillance du rond-point devant la Maison des Anciens Combattants, à la garde de divers dignitaires ou d’agences de banques privées et autres tâches qui participent bien peu à la sécurité publique. Parallèlement, beaucoup de familles des quartiers autour de Mahazoarivo auraient inauguré une nouvelle rubrique de dépenses dans leur budget : les services de personnes qui escortent leurs filles à la sortie de l’école.
Il existe sûrement à l’Assemblée Nationale un mécanisme qui permet aux députés d’interpeller le ministre chargé de la sécurité publique sur un cas aussi flagrant d’injustice sociale. Les députés élus dans le 2ème arrondissement d’Antananarivo l’ont-ils utilisé ?

La meilleure des protections : une nationalité étrangère

L’Etat, semble-t-il, a cessé de compter parmi ses raisons d’être la protection des personnes – du moins, des citoyen-ne-s de base – et de leurs biens. Chacun, et c’est préjudiciable à la notion d’appartenance à une nation, doit donc se protéger comme il peut. Mais les grilles métalliques et les barbelés dont s’entourent Malgaches et Karana un peu aisés ne constituent qu’une protection dérisoire contre des bandits déterminés et bien équipés, parfois d’armes provenant des salles d’armes de la Police ou des forces armées – mais ce n’est que la rumeur publique, les autorités militaires ou de la Police n’ayant jamais porté à la connaissance du public aucun cas de location d’armes qui aurait été porté devant la justice. Le corporatisme l’emporte souvent sur la redevabilité envers les citoyens, et même sur le souci de l’efficacité du service public.
Les kidnappeurs l’ont sans doute compris : c’est aux Malgaches et aux Karana aisés qu’il faut s’attaquer pour réduire les risques ; pas aux Karana ni aux Vazaha vraiment riches, parce que ceux-là ont sans doute la nationalité française, et jouissent donc de la protection de l’Etat français. Aujourd’hui personne ne s’offusque plus de voir des policiers ou des gendarmes étrangers opérer sur le territoire d’un Etat souverain, mais devenu incapable d’assurer la sécurité publique, avec tout ce que cela implique : arrestation des vrais responsables et pas seulement des exécutants, leur traduction en justice, effectivité des peines prononcées par des juges au-dessus de tout soupçon. C’est cela qui est dissuasif pour les kidnappeurs, plus que des policiers ou des militaires qui exhibent leurs muscles et leurs armes à bord de véhicules à la sirène menaçante.

Pourquoi une justice crédible serait-elle hors de notre portée ?

En septembre 2015, au Ghana, un journaliste d’investigation publiait des vidéos montrant quelque 180 magistrats filmés à leur insu, tendant la main pour prendre un chèque ou des billets de banque des mains d’un justiciable ou d’un avocat. Une vingtaine ont été suspendus de leurs fonctions sur-le-champ, et la ministre de la Justice a ouvert une enquête sur tous les magistrats concernés. Quelques-uns, cardiaques, en seraient tombés gravement malades, mais l’enquête continue, et beaucoup auraient été inculpés depuis. Ainsi se construit, sans l’aide de l’ancien colonisateur, une Justice plus crédible.
Chez nous, la presse nous a appris cette semaine que nombre des quelque 200 magistrats ayant reçu une nouvelle affectation contestent activement les décisions du Conseil Supérieur de la Magistrature. Cette indiscipline porte atteinte à l’honneur du corps, au grand dam des magistrats (ils/elles existent !) qui le défendent encore. Décrédibilisée, la fonction prête le flanc aux rumeurs qui assurent que certains des « espaces » qui se multiplient autour de la capitale seraient la propriété de magistrats.
Si par malheur la rumeur était fondée, aucun salaire de fonctionnaires, si haut gradés soient-ils, ne pouvant justifier de tels investissements, on saurait qu’ils ont un prix : celui de notre sécurité.

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par cnfmadagascar Posté dans accueil

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